Cliquez ici pour revenir au menu

Curierul National - N°. 3469 du 29/07/2002

L’itinéraire tragique d’un adolescent roumain

De la vie qu’il a menée dans le village de Bixad, au nord de la Roumanie, qu’il a quitté à l’âge de 16 ans, Cornel, 19 ans maintenant, se souvient « de la difficulté des travaux des champs, de la cueillette des prunes et de la coupe du bois l’hiver dans la forêt ».

A son arrivée à Paris, à Noël 1999, Cornel (dont le prénom a été changé) a connu seulement le froid, les manques de toutes sortes, surtout d’un abri, la faim et même la prison.

A la fin de 2001, il a été enfermé pour une période de 2 mois à la prison de Fleury-Mérogis en région parisienne, dans l’aile réservé aux mineurs, pour vol dans un parc-mètre, conduite sans permis, vol à l’étalage, comme des dizaines d’adolescents roumains seuls ou en bande, poussés par la pauvreté vers les grandes villes à l’ouest du continent.

Avec encore un visage d’enfant, à peine sorti de l’adolescence, portant un pull rouge imprimé d’une grande marque sportive, le jeune déclare qu’il a décidé d’en « finir avec la vie qu’il a mené dans le passé ».

Après avoir été apprenti chez un charpentier, puis chez un plombier, il a opté pour la mécanique, grâce à une association qui a réussi à le placer dans une famille d’accueil sur la base d’une décision de justice.

Il célèbre maintenant son premier salaire obtenu « honnêtement ». « Ca m’est difficile de passer à côté d’un parc-mètre sans le piller » reconnaît-il. Les gamins ont une expression colorée pour exprimer ceci : « ça leur picote le creux de la main ».

En 1999, au moment de Noël, Cornel dormait dans la rue «à une semaine de l’arrivée à Paris ». Des cousins qui lui avaient emprunté 2300 marks pour payer des visas « l’ont envoyé balader » parce qu’il ne pouvait pas payer sa part du loyer.

« C’était la tempête… le vent soufflait fort. J’avais très peur. Au printemps, j’ai cueilli des jonquilles dans la forêt pour aller les vendre au marché. Je volais et je revendais.

Quand je suis sorti de prison, j’ai continué à faire des bêtises » confesse-t-il. Cornel se vante de « tout savoir » sur les Roumains de Paris. « Je connais beaucoup d’enfants roumains qui vont en périphérie pour se prostituer.

C’est vrai ce qui est écrit dans les journaux » dit-il encore. A présent, il veut les convaincre « de ne plus faire ça ». « Je les considère comme mes petits frères » ajoute-t-il. A la fin du mois d’août, il a proposé d’aller les chercher, en compagnie d’un assistant social, pour s’adresser à eux dans leur langue.

« Quand j’appelle ma mère, elle commence par pleurer. Elle veut que je revienne. Et ensuite, elle veut que mes deux frères, des jumeaux de 14 ans, viennent ici. Mais moi, je veux qu’ils restent à la maison » dit-il en ayant l’air mal à l’aise sur sa chaise.

Le troisième frère est à Grenoble. De quoi vit-il ? Avec le même air fuyant : « eh bien, il vole ! ».

(AFP)

Cliquez ici pour revenir au menu