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Le Figaro 14/06/2002

ROUMANIE Une parlementaire européenne met en cause une expérience médicale Les orphelins roumains font les frais d’une polémique

par Arielle Thedrel

C’est une étrange polémique que vient de déclencher la baronne Emma Nicholson de Winterbourne, rapporteur du projet d’adhésion de la Roumanie auprès du Parlement européen.

A en croire la députée européenne, des enfants roumains abandonnés serviraient de « cobayes » à un groupe de scientifiques américains. Le mot « cobaye » n’est pas prononcé, mais il est clairement suggéré.

Il y a un an et demi environ, des chercheurs américains, soutenus par la fondation MacArthur, les universités du Minnesota et du Maryland, ont entamé, avec l’accord des autorités roumaines, une étude sur le développement physique et mental des enfants placés dans des orphelinats.

Trois groupes de 70 enfants, vivant dans leurs familles naturelles, dans des familles d’accueil et dans des institutions, sont observés et filmés lors de séances de jeux ou d’entretiens avec des psychologues.

Saisie d’un doute sur la légalité et la moralité de cette étude, la baronne Nicholson fait pression auprès du gouvernement roumain pour qu’il y mette fin. Selon elle, les travaux menés par les scientifiques américains ne peuvent que nuire aux enfants eux-mêmes en les condamnant à rester cloîtrés dans des orphelinats.

Elle suggère que si cette étude est menée en Roumanie, c’est parce que certaines expérimentations, les électroencéphalogrammes notamment, seraient interdites aux Etats-Unis.

La baronne affirme enfin que ce projet viole les réglementations européennes sur la protection de l’ information et s’inquiète des risques de détournement des films vidéo tournés par les chercheurs américains.

Sauf, rétorque un spécialiste de la protection de l’enfance, que l’ électroencéphalogramme est une procédure on ne peut plus inoffensive, que les enfants soumis à ces expérimentations ne sont pas bloqués dans les orphelinats – plusieurs ont pu être adoptés ou transférés dans d’autres établissements – et que le programme financé par la fondation MacArthur a permis de subvenir aux besoins des soixante familles d’accueil qui participent à l’expérience.

En réalité, selon la même source, « ce programme doit permettre de trouver de meilleures modalités pour soigner les enfants placés dans des orphelinats et faciliter ainsi leur adoption».

En novembre 2000, préoccupée non sans raison par le trafic des enfants abandonnés, la baronne Nicholson, membre de la chambre des Lords, avait convaincu le gouvernement d’Adrian Nastase de suspendre l’adoption internationale, qui permettait pourtant de sauver 4000 enfants chaque année.

Cette décision, qui partait de bons sentiments, s’est vite avérée contre productive à un moment où les autorités roumaines affron,tent une situation sociale alarmants.

Le chômage suit une courbe ascensionnelle et près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Résultat : le moratoire sur l’adoption internationale compromet les effort engagés depuis 1996 pour améliorer la situation dramatique des orphelinats. Depuis un an, constate l’organisation humanitaire SERA ( Solidarité Enfants Roumains Abandonnés), les leagans (orphelinats pour nourrissons jusqu’à 3 ans ), où le nombre d’enfants avait diminué de moitié, se remplissent à nouveau.

Par voie de conséquence, les locaux et le personnel soignant que l’ on espérait libérer pour des enfants plus âgés et parfois gravement handicapés sont indisponibles.

Or, malgré les progrès réalisés, les professions paramédicales restent rares en Roumanie et nombre d’orphelinats ne sont encore rien d’autre que des mouroirs.

« Si l’objectif était de mettre en place un système d’adoption sans bavures, il suffisait de changer la législation, estime un humanitaire. En fin de compte, ce sont les enfants qui trinquent .»

Le comble du paradoxe lorsque l’on sait que l’amélioration du sort des enfants est l’une des conditions posées par les quinze pour l’admission de la Roumanie à l’Union européenne.

Un million d’euros pour un orphelinat modèle

En 1990, le « caminspital » de Balteni était l’une de ces « poubelles » de l ’enfance abandonnée qui foisonnait en Roumanie. Des bâtiments insalubres perdus en rase campagne, abritant 200 enfants handicapés mourant de froid, de faim, et de mauvais traitements.

Douze ans plus tard, grâce aux efforts de l’organisation SERA, Balteni est équipé de chauffage, d’eau courante, de sanitaires et d’un personnel soignant qualifié. Malgré ces aménagement, la situation de cet établissement reste préoccupante.

L’un des bâtiment tombe en ruine, l’orphelinat est isolé, il mélange enfants et adultes atteints de toutes sortes de pathologies . SERA a lancé une opération pilote qui vise à transférer les enfants de Balteni à Tirgu Jui, la ville la plus proche.

L’organisation humanitaire a déjà acquis un terrain proche du centre ville. Des locaux adaptés sont en cours de construction. Mais il manque un million d’euros pour achever ce qui ambitionne d’être un orphelinat modèle.

SERA : 20, rue de BAUME, 75008 Paris 01.45.62.32.32

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