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Adevarul N°3658 - 26 mars 2002

Il n’y a plus de roumains à vendre

L’année passée, en octobre, le Gouvernement a pris la décision de « geler » les adoptions internationales d’enfants roumains. Cette décision a été, à ce moment-là, sévèrement critiquée, mais aussi louée par la presse internationale.

Depuis lors, les enfants « export » ont été constamment dans l’actualité. Quand il a visité l’Israël, Adrian Nastase a discuté avec Shimon Peres de la situation critique au Moyen Orient, mais aussi de la situation des enfants en institution chez nous qui peuvent être adoptés par des citoyens hébreux.

En Espagne aussi, les adoptions d’enfants roumains ont été un des « sujets bilatéraux ». En France, le président Chirac a demandé au Gouvernement « d’analyser avec bienveillance » les demandes d’adoption de 20 familles françaises.

Des pressions encore beaucoup plus fortes ont été faites par Washington. Rien qu’en Roumanie, des fondations spécialisées dans les adoptions ont accusé l’Exécutif d’irresponsabilité parce qu’il réduisait à néant le « futur radieux » des enfants.

En même temps, le Conseil de l’Europe, en particulier par la voix de la Baronne Emma Nicholson, a apprécié les progrès réalisés par notre pays dans le domaine des enfants en institution et l’arrêt des « exportations » a été considéré comme un problème interne à la Roumanie. Toute l’agitation autour de ce sujet a une explication simple.

Dans les dernières années, l’adoption internationale d’enfants s’est transformée en une véritable industrie, avec un chiffre d’affaires de millions de dollars.

D’une certaine manière, il était normal que, dans un pays qui exporte en particulier des matières premières, du bois jusqu’au ciment, quelqu’un pense aussi au commerce des jeunes enfants en situation difficile.

La seule différence réside dans le fait que le prix d’un enfant est d’autant plus important que le bébé est petit.

Ce commerce s’est développé grâce à de multiples facteurs. On parle en particulier des « ressources » de notre pays et de la grande demande de l’Ouest, apparue surtout à cause du fait que là-bas, il faut attendre des années dans des listes avant de se voir attribuer un enfant.

Ainsi, en 12 ans, quelques 10000 enfants ont quitté le pays.

En Roumanie, il existait en 1989 une centaine de milliers d’enfants hébergés en pouponnières, maisons et institutions d’éducation spécialisée. La tragédie réside dans le fait que Ceausescu a construit ces établissements exactement comme il a construit l’industrie de la Défense.

Toutes les pouponnières et les maisons d’enfants étaient situées au cœur des montagnes, loin des yeux du monde, parce qu’il ne fallait que personne ne sache que dans la Roumanie socialiste, il existait des enfants dont personne ne voulait.

Dans ces pouponnières, ils vivaient loin de la civilisation à quelques centaines au même endroit. Après décembre 89, ces pouponnières et maisons d’enfants ont commencé à souffrir exactement des mêmes maladies dont souffrent les entreprises qui gaspillent l’argent public.

Le personnel était surdimensionné, les prix des aliments achetés étaient supérieurs à ceux du marché et beaucoup de ces aliments étaient périmés. Mais de même que, dans les usines parasitées par des directeurs « sangsue », les équipements finissaient par rouiller, les gamins de ces pouponnières tombaient malades gravement et quelques uns mouraient.

A partir de là, les images de gamins maigres, avec de grands yeux humides, le visage sale et habillés de vêtements déchirés sont devenues, dans la presse occidentale, le prototype de l’enfant roumain en institution.

Ces images sont restées, année après année, comme un stigmate sur le visage de la Roumanie. Par la suite, les problèmes des enfants en institution sont devenus un critère d’admission dans l’Union Européenne et le Gouvernement a fourni des efforts considérables pour les résoudre.

En premier lieu, l’équipe du Palais Victoria a réalisé le fait que ça revient bien moins cher et que c’est bien meilleur pour les enfants d’être encadrés au sein d’un système familial que d’être dans des institutions organisées selon des principes industriels.

Désormais, environ 40000 enfants ont regagné leur famille « élargie », et le nombre d’enfants en centres de placement a été réduit à 48000. Et même ces enfants ont une vie bien meilleure, parce que, en majorité, ces centres se répartissent en modules beaucoup plus petits qui permettent aux enfants d’avoir beaucoup d’objets personnels et de mener une vie à peu près normale.

Mais, de façon assez surprenante, la plupart de la centaine de fondations spécialisées dans la protection des enfants et l’adoption internationale n’ont pas reconnu du tout les progrès évidents faits dans ce domaine.

C’est purement et simplement parce que, si elles faisaient cela, elles perdraient des milliers et des milliers de dollars et ne seraient plus les « bons samaritains » qui sortent les petits de « l’enfer roumain ».

En ce qui concerne ce dernier point, le Gouvernement a fait deux mouvements intelligents, relatés dans un rapport de l’OTAN. En premier lieu, le Cabinet de Nastase a réalisé que, sans législation draconienne et sans faille, on ne peut pas mettre fin au trafic d’enfants et aux scandales en série qui en découlent.

Une des failles réside dans la légèreté avec laquelle les Directions pour la Protection des Enfants émettent des « négations » par lesquelles on démontre que personne en Roumanie ne souhaite adopter un enfant depuis longtemps destiné à l’export.

En ce qui concerne les scandales internationaux, on est parvenu à une situation telle que la presse étrangère a parlé d’enfants destinés au trafic d’organes et de 500 gamins dont on a perdu toute trace.

De plus, jusqu’à l’adoption de la loi en question, il a pris une mesure d’arrêt des adoption internationale. Ensuite, confronté au lobby singulièrement puissant des familles étrangères en cours d’adoption, il a opposé aux demandes émouvantes de ces derniers les rapports froids, mais logiques, des représentants du Conseil de l’Europe.

En conclusion, la politique dans le domaine des adoptions internationales n’a aucun lien avec l’OTAN, mais avec le fait que nous ne sommes pas pauvres au point de vendre nos enfants.

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