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Financial Times - 23/03/2002

Les orphelins offrent à la Roumanie un espoir de rejoindre la famille européenne : le pays dispose maintenant d’un système enviable de structures d’accueil pour enfants, rapporte Phelim McAleer :

Financial Times; 23 mars 2002 Par PHELIM MCALEER

Jonathan Scheele, le représentant de l’Union Européenne en Roumanie, a interrompu cette semaine ses rencontres avec des dignitaires locaux dans le cadre de son périple dans le nord-ouest du pays pour aller visiter des maisons d’enfants.

Il ne s’agissait pas là de visites de courtoisie. Le traitement des enfants en institution en Roumanie est devenu le principal obstacle à son projet de rejoindre les nations d’élite de l’Europe.

Les enfants abandonnés, émaciés et négligés, étaient devenus le sujet d’images TV récurrentes dans les années 1990, et cette négligence et les mauvais traitements continus envers ces enfants ont suscité l’inquiétude dans les capitales européennes et les avertissements des gouvernements.

Mais M. Scheele aura des difficultés à trouver de sinistres institutions remplies d’enfants maltraités lors de son voyage à Satu Mare, près de la frontière hongroise.

Au lieu de cela, dans certaines parties de la Roumanie, les autorités locales disposent de plans de protection de l’enfance qu’envieraient des pays occidentaux plus développés.

Cornelia Bota, présidente de la Commission de Protection de l’Enfant de Satu Mare, a dit qu’elle espère fermer les dernières grosses institutions de la région d’ici à 2004.

Ses collaborateurs ont tellement modifié le système local de protection de l’enfant qu’on ne le reconnaît plus, a-t-elle ajouté. "En 1998 nous avions 3000 enfants répartis dans 21 centres, nous n’en avons maintenant plus que 960 dans 11 maisons."

Et la moitié de ces 960 ont quitté des institutions type « dortoir » pour vivre en groupes familiaux dans des appartements.

Mme Bota montre fièrement aux visiteurs le Centre Familial Diana, une de ces institutions d’un type nouveau à Satu Mare. Même le nom est un nouveau depart; les maisons d’enfants étaient auparavant dénommées par des numéros.

Au Centre Diana, 25 adultes s’occupent de 36 enfants dans des appartements autonomes, avec des jouets neufs, des téléviseurs, des canapés, des chaises et un lit pour chaque enfant.

En même temps que l’amélioration des structures d’accueil, les autorités roumaines ont aussi oeuvré pour mettre fin à la culture du pays en terme d’abandon d’enfant, le produit d’une loi communiste qui forçait les femmes à donner naissance à des enfants non désirés.

Les autorités ont été aidées par la carotte et le bâton promis par l’Union Européenne.

En mai 2001, la Baronne Emma Nicholson, pair britannique et expert sur la Roumanie au sein du Parlement Européen, a recommandé que les discussions concernant l’accession de la Roumanie à l’Union Européenne soient suspendues jusqu’à la résolution du problème de la protection de l’enfance.

L’ultimatum a forcé le gouvernement à agir. Selon M. Scheele, l’action consistait non seulement à changer la croyance profondément ancrée comme quoi l’état s’occupe mieux d’un enfant qu’une famille pauvre, mais aussi à s’attaquer à des intérêts personnels puissants.

"Il y avait un problème associé : celui de la corruption du système des adoptions internationales", a-t-il ajouté.

Des couples de l’Ouest payaient jusqu’à 50000 dollars pour adopter un enfant, une fortune dans un pays où le salaire mensuel moyen tourne autour de 10 dollars.

Pour les fonctionnaires corrompus bénéficiant de ce commerce, il était important que les institutions restent pleines.

"Les institutions étaient en fait des salons d’exposition pour la vente d’enfants," a dit Serban Mihailescu, le ministre roumain responsable des enfants.

Après l’ultimatum de la Baronne Nicholson, le gouvernement a interdit les adoptions internationales. Il y a eu une augmentation de 50% des adoptions nationales. Le placement en famille d’accueil est aussi devenu une réelle alternative.

Depuis le début en 1998, 8000 enfants ont été sortis des institutions roumaines et places dans des familles. Cependant, la raison principale de la décroissance du nombre d’enfants en institution à Satu Mare est une stratégie mise en place pour que les membres des familles naturelles se retrouvent.

Cela fait suite à une analyse poussée des raisons de l’abandon d’enfant. "C’était principalement à cause de la pauvreté. Nous donnons donc aux familles de l’aide financière et matérielle en ce qui concerne leurs besoins en vêtements, en livres scolaires et en coûts médicaux," a déclaré Mme Bota.

Elle espère maintenant aller plus loin et aider les familles avant que les difficultés ne se présentent en mettant en place un système de protection de l’enfance qui serait supérieur à celui de certains pays de l’Union Européenne.

Douze ans après que les images de ses enfants ont choqué le monde, le système de protection de l’Enfance en Roumanie pourrait bien devenir un modèle du genre pour des sociétés économiquement plus développées.

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