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Livia Cimpoeru - Jeudi 07 Mars 2002


les enfants des orphelinats roumains s’appuient sur le mur de l’indifférence des autorités

Roumanie, l’enfant handicapé de l’intégration européenne

Les organisations humanitaires qui surveillent la situation des enfants en institution demandent des sanctions sévères contre Bucaresti

Le problème des enfants en institution en Roumanie continue à préoccuper les medias et les organismes humanitaires occidentaux malgré les assurances du gouvernement de Bucarest comme quoi les choses sont en bonne voie.

Le quotidien irlandais à grand tirage “The Irish Times” a publié il y a quelques jours, sous le titre “Le sort toujours plus cruel des orphelins roumains”, un long article qui décrit la situation consternante de l’orphelinat de Negru Voda où vivent 184 enfants orphelins.

L’orphelinat de Negru Voda, un camp de concentration

L’article commence avec le portrait d’une adolescente handicapée, Ruby, âgée de 14 ans, mais qui a l’aspect d’un enfant de 7 ans, et qui, suite aux violences qu’elle a subies, se cogne constamment la tête contre les murs.

Les conditions matérielles de l’orphelinat de Negru Voda sont “grotesques et dégradantes”, accuse l’auteur de l’article, Elaine Keogh. Les membres d’une importante organisation caritative irlandaise, “Trade Aid”, ont voyagé en Roumanie ces dix dernières années et ont commencé déjà en 1995 à venir à l’orphelinat de Negru Voda pour y effectuer des travaux de réparation.

Malgré leurs investissements et leurs efforts, le représentant de l’organisation, John Mulligan, pense que l’orphelinat de Negru Voda est “un véritable camp de concentration” de notre époque, qui devrait être démoli.

Les yeux tournés vers la Roumanie

La semaine passée, une équipe de l’émission “Would You Believe” (“Le croiriez-vous”), diffusée par la chaîne de télévision irlandaise RT, a réalisé un reportage à propos de l’orphelinat de Negru Voda, sous le titre “La Vie des enfants oubliés”, afin de rappeler que les besoins urgents de ces orphelins ne sont pas satisfaits par les autorités roumaines.

Un groupe d’étudiants du lycée Mount Sackville de Dublin a participé au programme d’assistance en faveur de l’orphelinat et ont mis sur pied, avec l’aide de John Mulligan, l’organisation Focus on Romania (FOR – Fixons notre attention sur la Roumanie), dont le but est d’appliquer une pression politique en vue d’améliorer le sort des enfants.

“Quelque chose comme cela ne peut exister en 2002 dans un pays qui désire se joindre à l’Union Européenne”, dit la lycéenne Julie-Anne Hanley.

L’argent existe, mais pas la volonté politique

L’orphelinat de Negru Voda est destiné à recevoir des enfants ayant des troubles psychiques ou physiques, mais la FOR dénonce le fait que, dans la majorité des cas, les problèmes des orphelins s’aggravent après leur arrivée là-bas.

Une série de photographies réalisées par la FOR montre des enfants abandonnés dans leur lit, sans aucun signe d’affection ni stimulation.

L’équipe de télévision irlandaise a filmé un garçon d’environ 12 ans allongé sur le sol en train de lécher quelque chose par terre. Cela pouvait être de la nourriture, ou bien du vomis. On ne voyait près de lui aucune assistante maternelle pour s’en occuper.

Tout le bâtiment sentait très fort l’eau de javel, qui avait été apportée et utilisée à l’arrivée de l’équipe de télévision. John Mulligan dit qu’un besoin urgent de nettoyer les pièces survient à chaque visite des organisations caritatives.

Il a aussi exprimé son profond mécontentement face au rapport positif fait par les inspecteurs du Conseil Européen après une visite semblable.

“L’Union Européenne donne 6 milliards d’euros par an à la Roumanie dans le cadre du programme d’adhésion, ainsi que d’autres fonds. Si même seulement 1 pour cent de cet argent allait à l’entretien des orphelins, on résoudrait les problèmes d’environ 30 orphelinats qui ont un besoin urgent d’attention”, dit Mulligan.

Un problème résolu mais sur le papier seulement

Mais ce qui est probablement la perspective la plus sombre est le destin qui attend ces enfants.

L'Agence roumaine de Protection de l'Enfant a présenté quelques petits orphelinats réalisés grâce à l'aide financière internationale. Les bâtiments sont propres, bien équipés et dotés de personnel spécialisé, et les enfants paraissent heureux.

Ce qu'ils ne savent pas, c'est qu'une fois qu'il auront atteint l'âge de 18 ans, et qu'ils ne seront plus considérés comme des "enfants", ils seront déplacés vers un orphelinat du type de celui de Negru Voda pour tout le reste de leur vie.

“Sur la papier, les roumains auraient résolu le problème, mais en réalité, ils en ont créé un encore plus grand. Tous les enfants que nous connaissons retourneront à Negru Voda, mais classifiés en tant qu'adultes, et ils y vivront dans la misère”, dit Mulligan.

Des demandes de sanctions drastiques contre la Roumanie

L'organisation FOR est décidée à changer cette terrible perspective et a élaboré une liste de mesures qui devraient être prises par l'Union Européenne pour que le gouvernement roumain résolve les problèmes, au lieu de les maquiller.

Voici ce qui est proposé : geler les fonds prévus pour l'adhésion ainsi que tout autre financement de programmes structurels, placer la Roumanie sur la "liste de l a honte", à côté de la Turquie, repousser l'adhésion à l'Union Européenne jusqu'à ce qu'elle résolve le problème de violation des droits de l'Homme, et un vote négatif pour toute proposition d'extension de l'Union Européenne qui inclurait aussi la Roumanie.

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