Cliquez ici pour revenir au menu

Financial Times; 1er février 2002

LES JEUNES GENS DU MONDE : Poussée d'adoptions interne en ROUMANIE par Phelim McAleer à Bucharest: Le gouvernement va lancer une campagne encourageant les adoptions internes Financial Times; 1er février 2002 par PHELIM MCALEER

Pour beaucoup à l'Ouest, la Roumanie est mieux connue pour les enfants abandonnés qui vivent, sans amour et sans soin, dans des orphelinats sinistres. Après la révolution de 1989, des images horribles se sont étalées partout dans le monde; elles montraient des enfants sous-alimentés et attachés à des lits crasseux.

Elles ont eu un impact formidable. Les organisations caritatives du monde ont suivi avec attention l'exposition médiatique et elles ont fourni de l'argent et de l'aide afin d'essayer d'améliorer la vie en institution.

Malheureusement pour la Roumanie, les images vieilles de 12 ans relèguent dans l'ombre le réel progrès réalisé par les autorités dans l'amélioration des conditions de vie dans les institutions, voire les fermetures d'institution. Dans un mouvement pervers, l'argent des adoptions internationales a été aussi accusé de favoriser le placement d'enfants en institution par la corruption de l'administration chargée du bien-être des enfants.

Les enfants abandonnés de Roumanie sont principalement le résultat malheureux de la politique menée par Elena Ceausescu, la femme de l'ancien dictateur communiste, Nicolae, qui avait décidé que la Roumanie atteindrait la grandeur par une augmentation massive de sa population.

Une loi fut introduite qui imposait aux femmes en âge de procréer d'avoir cinq enfants. Celles qui ne parvenaient pas à produire le nombre demandé étaient contraintes de subir des examens gynécologiques. La contraception et l'avortement étaient interdits.

La décision d'Elena Ceausescu de forcer les femmes à avoir des enfants non désirés a coïncidé avec la décision de son mari de rembourser la dette extérieure de la Roumanie par une campagne d'exportation massive. Ceci conduisit à une pénurie des aliments les plus basiques et rendit les parents incapables de subvenir aux besoins de leur famille.

Influencés par un état écrasant, de nombreux parents décidèrent que leurs enfants seraient mieux dans des institutions gérées par l'état et ils lui furent remis.

Après la révolution sanglante de Roumanie en 1989, qui vit les Ceausescu jugés et exécutés en direct à la télé, ces enfants furent découverts par les média du monde. Malheureusement pour les enfants roumains, la large publicité qui a été faite à leur triste sort n'a pas toujours été à leur avantage.

Les images horribles ont attiré de riches couples sans enfants de l'Ouest, qui voulaient sauver les enfants de leur environnement inhumain. Dans l'un des rares exemples de l'adaptation des roumains à la demande du consommateur, des agences d'adoption ont fleuri pour satisfaire ces couples.

Ces agences peut faire payer jusqu'à 80,000$ pour une adoption, une somme énorme dans un pays où le salaire moyen est maintenant d'à peine plus de 100$ par mois. Le montant énorme d'argent qui est passé dans le système a conduit à une corruption largement répandue qui a été renforcée quand le système a été formalisé par la législation de 1997.

La loi de 1997 disait que les enfants étaient répartis aux agences en fonction du montant d'argent ou de biens que l'agence d'adoption donnait à l'institution ou à l'autorité locale qui la gérait. Cela est revenu en fait à vendre les enfants au plus offrant avec l'argent résultant finissant sa course dans la corruption de fonctionnaires locaux.

Les débuts de tentatives par les autorités nationales d'encourager les familles roumaines à accueillir des enfants ou de mettre en place des dispositions pour la protection de l'enfance afin de pourvoir aux besoins de parents vulnérables ont été étouffés dans l'œuf au niveau local. Avec de telles sommes d'argent en jeu, ceux qui dirigeaient les institutions et les agences d'adoption avaient un intérêt personnel à assurer la fourniture régulière d'enfants en provenance des institutions.

Le cercle vicieux a été finalement rompu en début d'année après un rapport d'un député européen, la Baronne Emma Nicholson, qui a accusé les autorités roumaines de pratiquer la vente de bébés et qui a recommandé la suspension des négociations pour l'accession à l'Union Européenne jusqu'à ce que le gouvernement régularise la situation. Le Gouvernement a répondu immédiatement par un moratoire de 12 mois sur les adoptions internationales et s'est lancé dans l'élaboration d'un projet de loi de protection de l'enfance correspondant aux standards européens. Le moratoire a permis le développement d'alternatives aux institutions et a encouragé quelques parents à reprendre leurs enfants.

Dans un programme en cours, 8,000 enfants ont quitté les institutions et ont été placés dans des familles d'accueil. Toutes ces familles d'accueil subissent une procédure d'examens minutieux et les foyers sont visités deux fois par mois pour vérifier les progrès de l'enfant. Les parents d'accueil sont payés jusqu'à 83$ par mois pour s'occuper de l'enfant.

Le gouvernement prévoit aussi une campagne d'encouragement des adoptions nationales. En théorie, les Roumains ont toujours eu la priorité pour adopter les enfants en institution. Cependant, les adoptions internes sont gratuites donc de nombreuses agences d'adoption et ceux qui dirigent les institutions ont découragé les tentatives roumaines d'adoption, leur préférant les ventes internationales plus lucratives.

Selon Gabriella Coman, directrice de l'Agence Nationale pour la Protection de l'Enfance, le gouvernement est sur le point de lancer une campagne de prévention de l'abandon et espère introduire des primes pour encourager plus de Roumains à adopter des enfants. Elle ajoute : "Nous voulons aussi introduire un programme de formation spécial à l'attention des gens qui veulent adopter."

Le gouvernement est aussi en train de réexaminer la situation des enfants handicapés dans les écoles dites spéciales. Dans le passé, les enfants étaient souvent envoyés vers ces institutions après seulement un examen et un diagnostic hâtifs.

"Nous essayons d'intégrer dans les écoles normales de nombreux enfants en provenance des écoles spéciales. Souvent, dans le passé, les enfants étaient envoyés en école spéciale sans évaluation correcte. Beaucoup y ont été envoyés pour des raisons artificielles ou subjectives", dit Madame Coman.

Copyright: The Financial Times Limited 1995-1998

Cliquez ici pour revenir au menu