Cliquez ici pour revenir au menu

Electronic Mail&Guardian, document datant du 25 juillet 1997


 


La Grande Dame qui cache le témoin de Winnie

Emma Nicholson, une ancienne grande dame du Parti Conservateur Britannique, a pris fait et cause pour Katiza Cebekhulu, le témoin absent au procès Stompie pour meurtre et kidnapping. Mais elle le protège si jalousement que la Commission de la Vérité ne peut pas l’approcher.

ANGELLA JOHNSON

E

LLE a été interdite en début d’année de droit de visite aux prisons britanniques sur l’accusation qu’elle avait presque déclenché une émeute. En Afrique du Sud, elle est accusée de faire obstruction à des tentatives de la part de la Commission de la Vérité et de la Réconciliation pour s’entretenir avec un ancien membre de la célèbre équipe de football de Winnie Madikizela-Mandela à propos du meurtre de "Stompie" Seipei et de la disparition de quatre autres jeunes gens dans un incident sans lien avec le meurtre.

 

Emma Nicholson, l’ancien député Conservateur britannique qui est passé dans le camp du Parti Démocrate Libéral en 1995, semble prendre du plaisir à offenser les gens, généralement quand elle s’occupe de prendre la défense des opprimés.

 

C’est en contestant la politique du gouvernement Conservateur de conserver en prison des gens qui cherchent seulement asile que celle qui fut une grande dame du Parti Conservateur a été déclarée persona non grata dans tout établissement pénitentiaire. Il a été dit que lors d’une visite dans un centre de détention, sa présence a été la cause de « beaucoup de bruit et de colère » de la part des détenues auxquelles elle a demandé si elles avaient été violées.

 

Sa dernière cause célèbre est Katiza Cebekhulu, dont on croit qu’il détient les preuves d’allégations concernant l'implication de Winnie Madikizela-Mandela dans la disparition de quatre jeunes de Soweto et dans la mort de Seipei.

Nicholson dit que Cebekhulu ne veut pas retourner en Afrique du Sud car il a peur pour sa vie. Elle le protège jalousement et ne veut pas révéler où il se trouve : on pense qu’il est en Grande-Bretagne ou en Zambie (où elle l’a rencontré pour la première fois).

Une visite récente à Londres de la responsable des enquêtes de la Commission de la Vérité, Dumisa Ntsebeza, n’a pas permis de trouver Cebekhulu. Sans son témoignage, la commission est pessimiste quant à ses possibilités de découvrir le fin fond de l’histoire de la disparition des jeunes gens.

Nicholson se nomme elle-même la “défenseuse autoproclamée” de Cebekhulu et  declare que, puisqu’elle détient une “procuration légale complète” de sa part, elle peut témoigner en son nom.  "J’ai proposé un entretien avec moi à la CVR le mois dernier… mais ils n’ont pas donné suite", dit-elle.

 

Ce n’est pas la première fois que Nicholson prend un réfugié sous son aile. C'est une féministe libérale intéressée par un large éventail de sujets, et elle a adopté un garçon iraqien nommé Amar après qu’elle l’a découvert dans un hôpital londonien, la peau brulée sur 45% de son corps.

 

Alors qui est ce pilier des bonnes œuvres ? Elle est née il y a 55 ans au sein de l’aristocratie britannique; sa mère était la fille d’un comte écossais, son père un baronnet député Conservateur, avec une fidélité à ce Parti qui remonte à plusieurs générations. Trois oncles, 10 cousins, son grand-père et trois de ses arrière-grands-pères appartinrent tous au Parlement.

Le Parti Conservateur faisait partie de son héritage. Quand elle a changé de camp, elle a été victime de diffamation, ridiculisée par ses anciens collègues et rejetée "pour cause de ménopause et d'hystérie"; elle a été décrite comme une femme éconduite prête à se venger de cet affront.

Il y a des plaisanteries qui font allusion au fait qu'elle ne s'est pas mariée avant l'âge de 45 ans, et qui insinuaient : mais qui voudrait de cette mégère ? Des critiques ont expliqué aussi son départ du Parti Conservateur comme étant une conséquence de sa déception face à son manque de réussite dans son ascension au sein du Parti..

C'était si différent de 1983 où elle fut nommée vice-présidente du Parti. Mais Nicholson s'est rendue impopulaire. Le chef du Parti à cette période, Norman Tebbit, a déclaré qu'il se souvient de ses pressions constantes pour de plus grands bureaux, de plus beaux meubles, des nouveaux rideaux, plus de personnel. Quand il en a eu assez de ses caprices et de sa folie des grandeurs, elle a du partir sans plus aucun crédit politique.

Même dans un parti désirant ardemment venir au pouvoir, l'ambition de Nicholson éclatait au grand jour. On dit qu'un politicien haut placé a dit d'elle : "Pauvre Emma... si seulement il y avait un prix Pullitzer récompensant l'ambition, elle le gagnerait chaque année !".

Beaucoup de gens supportaient son côté "tape à l'œil" par sympathie pour la façon dont elle a surmonté son handicap de surdité. Nicholson a en effet perdu la plus grande partie de son audition à cause d'une maladie à l'adolescence qui a mis fin à une carrière prometteuse de musicienne.

Cependant, les bonnes âmes semblent avoir disparu, même si elle est toujours prête à parler au nom des défavorisés et des personnes dans le besoin. Cela semble être un devoir irrésistible pour elle. Et, bien sûr, cela maintient son nom à la une des journaux.


Cliquez ici pour revenir au menu