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GuardianUnlimited - 31 octobre 2001

La Roumanie lève le voile sur le racket des bébés à vendre

Une enquête révèle le scandale des nourissons volés à la naissance à leur mère afin de remplir les poches de trafiquants internationaux.

Kate Connolly à Bucarest
Guardian

Mercredi 31 Octobre 2001

Une commission du Gouvernement Roumain, mise en place pour combattre la corruption largement répandue dans les affaires d'adoption internationale ainsi que lutter contre les soupçons de maltraitance d'enfants et de bébés, a découvert un "catalogue d'horreurs", incluant des filières internationales de trafic d'enfants, des bébés drogués et des vols d'identité.

Des milliers d'enfants roumains, placés dans des orphelinats créés par l'ancien dictateur communiste Nicolae Ceaucescu, auraient été l'objet de trafics internationaux organisés par des bandes criminelles ces 12 dernières années. Dans de nombreux cas, selon la Commission, les adoptions ont "donné de l'air et du sang neuf" à des gangs liés à des organisations terroristes.

La Police enquête actuellement sur au moins 50 cas d'enfants grands ou handicapés qui ont été emmenés en Amérique du Sud où ils ont disparu depuis. Plusieurs arrestations ont eu lieu ces jours derniers et d'autres doivent suivre.

Mais on craint que ce soit jusqu'à 500 victimes dont la trace a été perdue en Europe de l'Ouest et aux Etats-Unis et que beaucoup d'enfants aient fini dans la prostitution et dans des filières d'escalavage moderne, a dit Lady Nicholson, le rapporteur de l'Union Européenne pour la Roumanie, qui préside un Groupe de Haut Niveau auquel la commission fera son rapport.

Cette commission a été fondée suite aux critiques cinglantes du système roumain de protection de l'Enfance émises par Lady Nicholson, membre Libéral Democrate du Parlement Européen et ancienne présidente de "Sauvez les Enfants".

Elle a mis le feu aux poudres et déclenché un débat public en Mai avec la sortie de son rapport à propos du système dans lequel elle parle "d'abandons incessants d'enfants, de mauvais traitements et de négligences envers les enfants" ainsi que "de trafics d'enfants", ajoutant que "les droits fondamentaux des enfants ont été largement bafoués en Roumanie ces dernières années".

Lady Nicholson a déclaré que le système roumain de protection de l'Enfance était corrompu "d'un bout à l'autre" et a recommandé l'exclusion de la Roumanie du processus d'élargissement de l'Union Européenne - alors que le pays est prêt à tout pour s'y joindre - si une enquête exhaustive et une révision du système n'avait pas lieu.

"Avec ce programme de réformes, la Roumanie a commencé à prendre le bon tournant dans son traitement des enfants, pour la première fois depuis la seconde Guerre Mondiale, mais ce faisant, nous découvrons chaque jour plus d'horreurs", a-t-elle déclaré au Guardian lors d'une visite à Bucarest.

Durant ses toutes premières semaines, l'équipe d'investigation a mis à jour des cas dans lesquels des mères roumaines ont abandonné contre leur gré leurs enfants qui sont venus alimenter le flot des adoptions.

"Nous connaissons des cas où les mères ont eu des bébés qui ont été déclarés morts-nés. On montrait aux mères des bébés tout bleus, leur faisant croire qu'ils étaient morts ou en train de mourir." dit encore Lady Nicholson. "Nous avons des preuves que les docteurs faisaient des injections aux bébés qui étaient alors emportés pour entrer sur le marché mondial de l'adoption."

Dans certains cas les identités des enfants ont été échangées ou volées. Dans d'autres, des couples roumains se sont vus refuser l'accès au système de l'adoption parce qu'ils ne pouvaient pas en payer les prix importants alors que les familles occidentales peuvent se l'offrir .

Les enfants roumains sont régulièrement "vendus" via des canaux officiels pour un prix de 350 000 FF. Selon la Loi roumaine, une partie substantielle de cet argent doit être réinjectée dans le système de protection de l'Enfance afin de favoriser son amélioration et de financer la fermeture de centaines d'orphelinats. Mais l'enquête a démontré que dans de nombreux cas l'argent était allé aux intermédiaires et à des fonctionnaires "à tous les niveaux".

La commission a découvert que plus d'un tiers des presque 60 000 enfants éloignés dans des écoles spécialisées pour handicapés avaient seulement des "handicaps sans gravité" tels que des becs-de-lièvres. On les a sortis de ces institutions depuis et ils attendent d'être placés dans des orphelinats ou des familles d'accueil.

Lady Nicholson a fait pression avec succès pour obtenir un moratoire d'un an sur les adoptions internationales d'enfants roumains, décidé en Juin et qui a laissé en suspens 3500 couples en cours d'adoption.

Le Premier Ministre roumain, le Démocrate Social Adrian Nastase, a lancé un programme précis de réformes qui comprend la tâche devant mener à la fermeture de beaucoup d'institutions pour enfants décrépites et mal administrées ainsi la création d'une équipe de police et de justice adaptée.

Le contrôle aux frontières a aussi été renforcé pour tenter d'endiguer le flot des trafics d'enfants, qui, selon Interpol, est le secteur qui croit le plus vite au sein du crime organisé.

Hier le gouvernement a promis de travailler dur pour "accélerer la finalisation des cas les plus urgents d'enfants laissés en suspens", et a ajouté qu'il s'engageait à construire "un système d'adoption bien réglementé, efficace et transparent" et à "éliminer la corruption".

M.Nastase a déclaré : "Le moratoire nous donne le temps de préparer une législation meilleure et de trouver une solution aux problèmes de l'adoption internationale."

Comme les archives ont été mal tenues, on ne sait pas combien d'adoptions internationales d'enfants roumains - legales ou autres - ont eu lieu depuis la chute du Communisme, bien que des experts parlent de 60 000 au "bas mot".

Depuis le moratoire, le nombre des adoptions nationales a doublé, selon Lady Nicholson, preuve, dit-elle, que l'adoption internationale ne doit pas être vue comme l'unique solution pour les enfants privés de parents. Un programme d'adoption national lancé en 1997 a permis de trouver un foyer à 7000 enfants.

"Je refuse de croire qu'un pays de 23 millions d'habitants ne peut pas absorber 60 000 enfants, et il nous faut encourager ceci", a-t-elle déclaré.

Mais d'autres ne sont pas d'accord. "Il n'y pas cette capacité ni même les moyens nécessaires en Roumanie", a dit Maria Stefan, la coordinatrice des adoptions pour Bethany, la plus importante agence d'adoption américaine en Roumanie. "De nombreuses familles sont décues de ne pouvoir adopter, et les enfants sont aussi obligés d'attendre."

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